Opinion
Les avis publics du gouvernement devraient être publiés
et non seulement affichés
Une tendance dérangeante s’est installée chez certaines administrations municipales qui affichent de plus en plus d’avis publics sur leur propre site Web plutôt que de les publier dans la presse papier. Plusieurs raisons font que tous et chacun devraient en être troublés.
Le but de l’exigence légale de publier les avis publics sur les actions gouvernementales est d’informer la population sur ce qui se fait. Il n’y a pas de démocratie à moins d’avoir des citoyens informés. Qu’il s’agisse d’un changement au zonage, de consultations publiques sur des projets de loi, de nouveaux règlements de stationnement, des dates limites d’inscription ou tout autre changement qui peuvent affecter les citoyens s’ils ne sont pas informés, les gouvernements doivent informer les gens.
Le simple affichage de l’information sur un site Web municipal ne rencontre pas cette obligation. Les gens ne visitent pas nécessairement ces sites; ce n’est pas constamment à leur esprit.
L’idée à l’origine des avis publics était de placer l’information bien en face des gens. Jusqu’à la fin des années 1900, les avis étaient affichés dans les places publiques, les saloons et les églises afin d’assurer la dissémination au plus grand nombre. On est ensuite passé à leur publication dans la presse écrite (papier) parce que celle-ci se retrouvait dans les mains de chacun. D’ailleurs, plusieurs prenaient le journal et ne faisaient que tourner rapidement les pages; à tout le moins, ils apercevaient les avis des gouvernements.
C’est toujours le cas de nos jours. Les plateformes numériques sont passives. Les gens doivent s’y rendre. Pour leur part, les journaux, en particulier les journaux communautaires sont soit livrés à votre porte ou encore empilés dans des lieux publics (centres commerciaux et autres édifices publics) qui incitent beaucoup plus de gens à en prendre une copie. Les journaux sont proactifs, ils ne sont pas passifs et permettent au plus grand nombre de citoyens de voir les informations gouvernementales qui les concernent.
Les gouvernements préfèrent faire les choses autrement et attirer le moins d’attention possible. Les bureaucrates vous diront que d’afficher en ligne plutôt que de publier dans les journaux coûte moins cher. Mais, il est tout aussi important pour eux de faire en sorte que le public ne sache pas.
Certains d’entre vous penseront peut-être que tout ce qui nous importe ici sont les dollars tirés de la publicité. Mais ce journal a aussi une présence très efficace sur le Web. Notre site est moderne. Ce qui nous amène au deuxième point. Oui, c’est bon d’avoir les revenus tirés des avis publics. Bien qu’ils soient publiés à des tarifs spéciaux, chaque dollar aide les journaux communautaires. Mais, soyons clairs. Les politiciens, en particulier les politiciens locaux, démontrent une bonne dose d’hypocrisie et soutiennent que d’afficher en ligne coûte moins cher que de publier. Toutefois, ils exigent de la visibilité – surtout dans les journaux communautaires – quand ils participent à des événements très locaux. Le genre d’événements pour lesquels les quotidiens n’ont pas d’espaces mais que les journaux communautaires couvrent sous tous les angles. S’ils souhaitent ce genre de couverture, ils ne peuvent pas bloquer une source de revenus.
Ils devraient suivre les conseils d’un ancien ministre qui disait à un député nouvellement élu de ne pas porter attention aux grands journaux. « Votre succès », a-t-il dit, « sera déterminé par votre presse locale. C’est leur couverture qui fera en sorte que vous serez réélu ou non. »
Une étude récente sur le lectorat des journaux communautaires, menée par Reynolds Journalism Institute a démontré que 67% de la population lit un journal communautaire, de 1 à 7 jours par semaine. L’étude a aussi montré que les journaux locaux sont toujours la source principale d’informations sur la communauté. Quatre résidents sur 10 (42%) ont choisi « journaux » ou « site Web des journaux » comme première source d’information.
Les journaux anglais et bilingues membres de l’Association des journaux régionaux du Québec rejoignent 710 000 lecteurs à la grandeur de la province. Ces publications desservent les communautés de l’Outaouais, de Laval, de Montréal, de la Rive-Sud et des Cantons de l’Est en misant sur les nouvelles locales pertinentes et un ratio éditorial-publicité élevé. Les publications locales couvrent des communautés qui sont souvent difficiles à rejoindre et couvrent bien les marchés ruraux et urbains. On ne trouve pas une telle couverture sur les plates-formes numériques.
Alors, faites savoir à vos élus, en particulier au palier municipal, que vous ne voulez pas demeurer dans le noir concernant leurs décisions. Vous n’avez pas besoin de naviguer dans cette jungle de sites Web pour savoir ce qu’ils vous imposent. Vous voulez que ce soit facilement accessible dans votre journal local livré directement à votre porte ou disponible chez votre dépanneur préféré. Dites-leur que les informations disponibles en ligne seulement vous maintiennent « hors ligne », et sans information.
Beryl Wajsman
The Suburban, Montreal