Crise du logement : le Gîte Ami sonne l'alarme face à la hausse des premiers épisodes d'itinérance
Drazen Seslija
Alors que la période des déménagements bat son plein à l’approche du 1er juillet 2026, le Gîte Ami a lancé un nouvel appel à l'action, ce mardi 30 juin 2026, devant l'aggravation de la crise du logement et de l'itinérance en Outaouais. L'organisme affirme qu'une personne sur quatre accueillie dans ses services vit désormais un premier épisode d'itinérance à la suite de la perte de son logement.
« C'est une triste réalité que nous constatons depuis cinq ans », a souligné l’organisme. Selon le Gîte Ami, les mouvements dans le parc locatif au début du mois de juillet représentent chaque année une période particulièrement difficile pour de nombreux ménages gatinois. « On sait que des personnes vont perdre leur logement prochainement et ils vont arriver chez nous. Le profil varie, on remarque qu’il y a des gens de plus de 60 ans et aussi des étudiants étrangers », a lancé en conférence de presse, François Lescalier, le directeur exécutif du Gîte Ami.
Davantage de personnes basculent dans l'itinérance
Au cours de la dernière année, le Gîte Ami a accueilli 624 personnes différentes dans ses six projets d'hébergement, dont 102 femmes et cinq personnes non binaires. Parmi ces personnes, 145 vivaient leur premier épisode d'itinérance.
L'organisme rappelle que plus une personne demeure longtemps en situation d'urgence, plus le retour à une stabilité résidentielle devient difficile.
Afin d'inverser cette tendance, le Gîte Ami a mis en place, avec le soutien de Santé Québec Outaouais, un continuum de services destiné à accompagner les personnes vers un retour durable en logement. Les projets Ami-Chemin, Mon Calme et Transit, entre autres, offrent notamment un hébergement transitoire combiné à un accompagnement personnalisé.
Au cours de l'année 2025-2026, 139 personnes ont ainsi retrouvé un logement, tandis que 176 autres étaient toujours hébergées dans des projets de transition ou en thérapie.
Miser sur des solutions durables à la zone Guertin
Depuis un mois, le Gîte Ami assure également la gestion du campement Guertin et de la halte, en collaboration avec la Ville de Gatineau. Un centre de services doit d'ailleurs être implanté prochainement sur le site afin d'offrir un meilleur accompagnement aux personnes en situation d'itinérance.
L'organisme insiste toutefois sur le fait que les campements ne constituent pas une solution permanente.
« La tente ne doit pas devenir la norme de l'itinérance », affirme le Gîte Ami, qui estime nécessaire d'offrir à la fois des réponses d'urgence et des solutions durables favorisant le retour vers un logement stable.
L'installation des unités modulaires de Transition Québec sur la zone Guertin a également permis à une soixantaine de résidents du Gîte Ami de quitter l'hébergement d'urgence pour un milieu de vie plus stable.
Prévenir plutôt que guérir
Au-delà de l'hébergement, le Gîte Ami concentre également ses efforts sur la prévention de l'itinérance. Son équipe d'intervenants de liaison accompagne les personnes à risque afin de leur permettre de conserver leur logement. Au cours de la dernière année, 475 visites de suivi communautaire ont été réalisées.
L'organisme participe également à un nouveau projet provincial de banque d'aide au loyer, développé avec la Maison du Père, à Montréal, et la Maison de l'innovation sociale. Le projet vise à créer un mécanisme de microprêts sans intérêt destiné aux locataires qui traversent des difficultés financières temporaires et risquent de perdre leur logement.
Inspirée d'une initiative déjà implantée à Montréal, cette approche aurait permis à 106 personnes de conserver leur logement en l'espace de dix mois.
À l'approche du 1er juillet, le Gîte Ami rappelle que la lutte contre l'itinérance passe autant par des interventions d'urgence que par des mesures préventives favorisant le maintien en logement. Pour l'organisme, agir avant qu'une personne ne perde son toit demeure la meilleure façon de freiner la progression de l'itinérance dans la région.
Trad. : MET