Élections provinciales au Québec : les candidats répondent aux questions du Bulletin
Drazen Seslija et Jude Osmond
À quelques semaines du scrutin provincial du 5 octobre 2026, le Bulletin d’Aylmer a soumis trois questions portant sur la santé, la protection des communautés minoritaires ainsi que la démocratie et l’avenir des médias locaux aux candidats et équipes politiques de l’Outaouais.
Ces questions vont permettre aux citoyens de comparer leurs propositions sur des enjeux qui touchent directement la région.
À noter que : dans les données obtenues, la liste des candidats a été établie en date du 10 septembre 2026 et leurs réponses ont été récoltées entre le 11 septembre et le 16 septembre 2026.
Voici leurs réponses :
Circonscription du Pontiac
Baldo, Bianca — Québec solidaire (QS)
Question : Comment comptez-vous protéger les communautés minoritaires au Québec ?
Réponse : Le Pontiac et la vallée de la Gatineau comptent des communautés anglophones bien établies. La ville de Gatineau est le 2ème pôle d’immigration au Québec. Québec solidaire propose plusieurs mesures pour protéger les minorités linguistiques, sexuelles, religieuses et racisées. Pour la communauté anglophone de l’Outaouais, QS s'engage à respecter ses institutions déjà établies, notamment ses écoles. Le parti reconnaît et lutte contre le racisme systémique et institutionnel, et condamne les lois discriminatoires 21 et 94. Ses politiques en matière d'immigration valorisent les droits et la dignité humaine.
Question : Qu'est-ce que cela signifierait concrètement pour des institutions telles que les écoles?
Réponse : Québec solidaire propose un réseau d'écoles publiques pour tout le monde : chaque élève aura accès à une école publique réellement gratuite, sans sélection basée sur les notes ou les aptitudes. Personne ne sera exclu en raison de ses résultats scolaires ou de ses capacités. Les écoles de langue anglaise continueront donc d'exister et de faire partie du réseau public. Mais dans toutes les écoles publiques, anglophones comme francophones, la mixité socio-économique redeviendra la norme : des élèves de milieux socio-économiques différents se retrouveront à nouveau dans les mêmes écoles, comme c'était le cas auparavant. On rétablirait aussi le droit de travailler pour les femmes qui ont dû quitter ou renoncer à un emploi en éducation à cause du port de signes religieux.
Question : Selon vous, quel est l'avenir de la démocratie au Québec ?
Réponse : L'avenir de la démocratie au Québec dépend de la santé de ses médias et d'un système d'éducation à la citoyenneté démocratique fort. Dans le Pontiac, d’Aylmer à Fort-Coulonge, dans la Petite-Nation ou dans la Vallée de la Gatineau, cette réalité se vit concrètement : sans radios, journaux et autres médias locaux pour raconter ce qui se passe chez nous, les gens perdent un outil important pour s'informer et participer à la vie démocratique. Nos communautés méritent des médias locaux forts, capables de couvrir ce qui touche vraiment nos quartiers et nos cœurs villageois.
Question : Comment, selon vous, le gouvernement provincial devrait-il soutenir le journalisme et la pérennité des médias locaux ?
Réponse : Québec solidaire propose de créer un Fonds des médias du Québec, financé par une taxe de 75 millions de dollars par année sur les géants du numérique comme Méta et Google, et géré par un comité indépendant du gouvernement. Dans la région, on le voit clairement. The Equity, le journal du Pontiac depuis 1883, a été vendu en 2025 et pourrait cesser l'impression. Le Bulletin d'Aylmer peine à trouver le financement nécessaire pour offrir des copies imprimées. Le Journal Les 2 Vallées dans la MRC de Papineau et l’est de Gatineau a dû cesser ses activités. Le Droit, devenu numérique en 2023, connaît des difficultés similaires. Le Fonds des médias leur donnerait les moyens de poursuivre.
Cazas, Marcela — Parti québécois (PQ)
Pas répondu.
Fortin, André — Parti libéral du Québec (PLQ)
Question : Quelle est la principale priorité dont les résidents vous parlent lorsque vous faites du porte-à-porte?
Réponse : Les soins de santé. De loin, c’est l’enjeu numéro un que j’entends. Des aînés aux jeunes parents, des nouveaux arrivants aux résidents de longue date, l’accès aux soins de santé constitue la principale préoccupation dans la circonscription et dans la région.
Question : Comment comptez-vous répondre concrètement à cette priorité si vous êtes élu?
Réponse : Notre plateforme provinciale est ambitieuse en matière de soins de santé. Nous voulons mettre en place une plateforme publique de télésanté afin que les résidents puissent parler facilement et rapidement à un professionnel de la santé. Cette plateforme ne vise pas à remplacer les consultations avec un professionnel de la santé, mais plutôt à améliorer l’accès lorsqu’il s’agit de problèmes mineurs qui ne nécessitent pas de se rendre chez le médecin — par exemple, pour renouveler une ordonnance, ajuster une médication ou remplir des documents nécessitant une approbation médicale. Elle permettra également d’améliorer l’accès en temps opportun aux ressources en santé mentale. Plus important encore, nous nous attaquons à un problème qui touche particulièrement l’Outaouais : nous avons besoin de personnel. Notre région compte moins de travailleurs de la santé par habitant que toute autre région. Cela s’explique notamment par le fait que nous ne formons pas suffisamment de personnel localement et que nous en perdons plusieurs au profit de l’Ontario, qui offre des conditions de travail attrayantes. Le manque de personnel explique pourquoi nous avons les plus longs délais d’attente aux urgences et pour les chirurgies. Cet automne, le Cégep de l’Outaouais a refusé 112 candidats en soins infirmiers parce qu’il ne dispose pas de suffisamment de places. La CAQ a refusé son projet d’infrastructure au cours des cinq dernières années. Le Parti libéral du Québec entreprendra la construction du projet du Cégep afin de former davantage de travailleurs de la santé ici, dans la région. De plus, et c’est le point le plus important, le Parti libéral du Québec propose d’offrir aux travailleurs de la santé de l’Outaouais une rémunération équivalente à celle offerte en Ontario. Cette mesure est incontournable si nous voulons attirer et retenir du personnel dans notre région. L’Outaouais est une région différente et elle a besoin de solutions adaptées à ses besoins particuliers.
Question : Comment allez-vous protéger les communautés minoritaires au Québec?
Réponse : En protégeant les droits des Québécois. La protection des droits des minorités fait partie du rôle d’un député de Pontiac. Le Parti libéral du Québec croit fondamentalement qu’il n’est pas nécessaire de bafouer les droits de qui que ce soit pour protéger la langue française. Or, selon nous, c’est l’approche qu’a adoptée la CAQ au cours des huit dernières années.
Question : Concrètement, qu’est-ce que cela signifierait pour des institutions comme les écoles?
Réponse : La plus récente proposition de la CAQ et du PQ visant à empêcher les francophones de fréquenter les établissements d’éducation aux adultes et de formation professionnelle de langue anglaise doit être abandonnée. Aucune réglementation gouvernementale ne devrait empêcher quelqu’un d’avoir accès à l’éducation. Ce type de politique n’améliore pas la situation du français; il affaiblit simplement les institutions anglophones et empêche les étudiants adultes d’accéder au programme de leur choix dans notre communauté. De plus, nous supprimerions le plafond d’inscriptions dans les cégeps anglophones afin que le Collège Heritage puisse prendre de l’expansion au même rythme que le Cégep de l’Outaouais. Notre région est en croissance. Toutes nos institutions doivent pouvoir évoluer avec la population.
Question : Selon vous, quel est l’avenir de la démocratie au Québec?
Réponse : Le Québec dispose de tous les outils nécessaires pour avoir une démocratie saine et ouverte. Nous avons des institutions qui méritent d’être protégées, un gouvernement imputable et des médias indépendants. Mais nous ne pouvons pas tenir cela pour acquis. Les candidats ont un rôle à jouer dans le renforcement de notre démocratie, notamment en participant aux débats locaux et en répondant aux questions des journalistes locaux.
Question : Comment le gouvernement provincial devrait-il soutenir le journalisme et la viabilité des médias locaux?
Réponse : D’abord, en reconnaissant que les citoyens s’informent grâce aux médias indépendants et locaux. Ces médias rejoignent directement les citoyens dans de nombreuses communautés partout au Québec, comme ils le font ici, à Aylmer, avec le Bulletin. À ce titre, les médias indépendants et locaux devraient recevoir leur juste part de la publicité gouvernementale.
Mefleh, Mariana — Coalition avenir Québec (CAQ)
Quelle est, selon les citoyens, leur priorité numéro un lorsque vous faites du porte-à-porte pendant la campagne électorale ? Comment comptez-vous répondre concrètement à cette priorité si vous êtes élu(e) ?
Réponse : La santé, c’est clairement la priorité numéro un quand on cogne aux portes dans le Pontiac. Dans les milieux ruraux, l’enjeu est encore plus criant : quand on habite loin des grands centres, avoir accès à un CLSC, à une infirmière praticienne spécialisée (IPS) ou à des services de première ligne près de chez soi peut faire toute la différence. Notre gouvernement a déjà posé des gestes importants : des primes pour attirer et retenir le personnel, des investissements dans nos établissements et 70 M$ pour créer un Pôle Santé avec l’UQO afin de former davantage de professionnels ici et de les garder en région. On a aussi engagé les travaux préparatoires du futur hôpital sur le site d’Asticou. Mais il faut aller plus loin, particulièrement en milieu rural. On veut renforcer l’accès aux CLSC et aux services de première ligne dans les secteurs éloignés, notamment en élargissant le rôle des IPS et des autres professionnels. On veut également accélérer l’accès aux chirurgies et aux examens d’imagerie, notamment en ayant recours au privé lorsque les délais deviennent trop longs, sans frais pour les patients. Notre priorité a toujours été de poursuivre le rattrapage de notre région en santé et faire en sorte que les citoyens, qu’ils habitent à Gatineau ou à Campbell’s Bay, puissent avoir accès aux bons soins, au bon endroit et au bon moment.
Question : Comment comptez-vous protéger les communautés minoritaires au Québec ?
Nous sommes toujours vigilants afin de respecter les droits des minorités. Notre priorité, c’est de trouver le bon équilibre entre la protection de ces droits et le respect de nos valeurs communes au Québec. D’ailleurs, notre gouvernement a posé des gestes concrets, notamment en créant le poste de ministre responsable de la Lutte contre le racisme. Pour nous, chaque personne doit pouvoir participer pleinement à la société québécoise, dans le respect de ses droits et de nos valeurs communes.
Question : Qu’est-ce que cela signifierait concrètement pour des institutions telles que les écoles ?
Concrètement, il faut d’abord s’assurer que nos écoles sont des milieux propices à l’apprentissage, et ça passe par le civisme et par des milieux exempts d’intimidation et de discrimination. Chaque élève doit pouvoir évoluer dans un environnement scolaire sain, indépendamment de son origine, de son orientation sexuelle, de ses croyances, de son sexe ou de son genre. La loi sur la laïcité dans le réseau de l’éducation vient d’ailleurs renforcer cette protection en interdisant notamment l’intimidation, la violence, la haine et la discrimination motivée par le racisme, l’orientation sexuelle, l’identité sexuelle, l’homophobie, un handicap ou une caractéristique physique.
Selon vous, quel est l’avenir de la démocratie au Québec ?
Les valeurs démocratiques sont profondément ancrées dans la population du Québec. Notre système parlementaire permet à chaque citoyen de faire entendre sa voix et de choisir à la fois le gouvernement et la personne qui représentera les enjeux de sa région. Évidemment, comme société, nous devons continuer à protéger cette démocratie et à encourager la participation citoyenne. Nous souhaitons que le Québec conserve une démocratie forte, où l’ensemble de la population peut se faire entendre et participer aux décisions qui façonnent notre société.
Question : Comment, selon vous, le gouvernement provincial devrait-il soutenir le journalisme et la pérennité des médias locaux ?
Nous sommes conscients des difficultés importantes que vivent les médias locaux, notamment avec la transformation numérique, la baisse des revenus publicitaires, les enjeux de distribution et de diffusion, auxquels s’ajoute le blocage des nouvelles par Meta et le déplacement des revenus publicitaires vers les grandes plateformes numériques. Les médias locaux et régionaux jouent un rôle essentiel dans notre démocratie : ils connaissent les réalités de nos communautés, informent la population et contribuent à la vitalité de nos régions. Notre gouvernement les soutient déjà, notamment par le programme d’aide au fonctionnement pour les médias communautaires, qui appuie la production d’information locale et régionale et l’adaptation numérique. Nous voulons continuer de soutenir nos médias, tout en respectant notre capacité de payer et, surtout, leur indépendance éditoriale.