Vives tensions entre les pompiers et la Ville de Gatineau
Mélissa Gélinas
Plus d’une centaine de pompiers et de pompières du Service de sécurité incendie de Gatineau (SSIG) se sont mobilisés lors de la séance du conseil municipal, où cours de laquelle plus d’une vingtaine d’interventions ont eu lieu. Tous ont témoigné de leur insatisfaction à l’égard de leurs condition de travail, laissant une atmosphère lourde et tendue à la salle Jean-Desprèz, le 14 avril 2026.
Contexte
Dépourvus de convention collective et sans augmentation salariale depuis près de trois ans, de nombreuses rencontres de négociation ont eu lieu entre le SSIG et la Ville de Gatineau. Sans résultat concret, le SSIG a déposé plusieurs plaintes et a dû recourir à un tribunal d’arbitrage.
Selon Nicolas Houle, président de l’association des pompiers et pompières de Gatineau, un avis public indique que la Ville a engagé des sommes de plus de 162 000 $ en frais juridiques jusqu’à maintenant. « Au total, le processus d’arbitrage pourrait facilement dépasser 250 000 $, et ce, aux frais des contribuables de Gatineau », précise-t-il.
Des dangers bien réels
Au-delà des démarches judiciaires, le SSIG a tenu à souligner les dangers auxquels les pompiers sont exposés quotidiennement, notamment les expositions répétées à des substances toxiques, qui augmentent les risques de cancer. « Pratiquement rien sur le terrain n’a changé en matière de procédure de décontamination des équipements mis à la disposition des pompiers », affirme Martin Paradis Chateauneuf, pompier à la Ville de Gatineau.
Selon Sébastien Goupil, vice-président à la santé et à la sécurité au travail du SSIG l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) ont classé, en 2022, le métier de pompier comme étant cancérogène de groupe 1, le niveau de risque le plus élevé. « Je reçois des tonnes de dossiers de cancers professionnels chez les pompiers et les pompières de Gatineau, c’est épouvantable », ajoute-t-il.
Plusieurs ont ainsi réclamé la mise en place de mesures concrètes visant à mieux prévenir les risques liés à leur profession.
Désuétude des équipements
Par ailleurs, de nombreux pompiers ont dénoncé l’état de leurs équipements, notamment leur flotte de véhicules, leurs échelles aériennes et leurs bateaux, jugés désuets. Certains ont mentionné devoir se déplacer en « pick-up », faute de véhicules adaptés.
Cette situation entraîne des délais dans les interventions, notamment lors d’urgences sur la rivière des Outaouais. Plusieurs ont indiqué avoir dû faire appel aux pompiers d’Ottawa pour effectuer des sauvetages nautiques en raison du manque de d’embarcations.
La mairesse de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, s’est montrée sensible à leur situation. « Les offres sont là pour revenir à la table de négociation », exprime-t-elle. « Nous souhaitons parvenir à une entente qui reconnaîtra votre travail à la hauteur de votre contribution à notre collectivité », conclut-elle.
Vue d’ensemble de la séance du conseil municipal de la Ville de Gatineau (14 avril 2026). Photo : Mélissa Gélinas
Un pompier de Gatineau lors de sa prise de parole à la séance du conseil municipal de la Ville de Gatineau (14 avril 2026). Photo : Mélissa Gélinas